A PROPOS DES TROYENNES

 
Les Dieux sont en colère! Tu leur as dérobé la mort de ton fils, celui qui portait le nom de Pâris. Si tu avais tué ton fils nouveau-né, ils n'auraient pas déclenché la guerre pour la couche de cette femme. Si Pâris était mort, les corps sanglants ne couvriraient pas le sol et les vautours avides ne tourneraient pas au-dessus des ruines. Si tu avais accepté l'ordre des Dieux, ta ville ne serait pas sous le joug de l'envahisseur.
 
Anéantie par la mort de son époux Hector et la fin de Troie, Andromaque accuse Hécube d'avoir ignoré la volonté des dieux. Impuissantes, elles assistent toutes deux à la destruction de Troie. Grâce à la ruse d'Ulysse, le cheval de bois renfermant en son flanc l'armée grecque a franchi les remparts de la cité et pénétré au cœur de la ville. Au moment où Andromaque prononce ces paroles, tous les hommes ont été assassinés et la famille royale démembrée. Égorgée sur la tombe d'Achille pour honorer le mort, Polyxène n'est plus. Cassandre s'en est allée sou-mise à Agamemnon. Andromaque, pour sa part, se prépare à suivre son nouveau maître, le fils d'Achille. Mais une dernière épreuve l'attend. L'assemblée des grecs et des alliés a ordonné que son fils, Astyanax, soit jeté vivant du haut des murailles de Troie. Le dernier mâle doit mourir et avec lui toute possibilité de vengeance. Quant aux femmes, elles seront déportées. L'une après l'autre, elles suivront inexorablement le chemin de l'exil.

Fils cadet de Priam et d'Hécube, la naissance de Pâris est précédée d'un rêve où Hécube se voit donnant le jour à une torche qui met le feu à la citadelle de Troie. Priam consulte les devins qui mettent en garde le roi: la naissance de Pâris causera la ruine de Troie. Néanmoins, Hécube refuse de mettre à mort son nouveau-né. Aussi l'implacable accomplissement du destin s'annonce-t-il lorsque les dieux sont mis au défi de conférer à l'une des trois déesses le titre de la plus belle. Tous re-fusent de se prononcer. Zeus somme donc Pâris d'élire la plus belle. Aphrodite l'emporte après lui avoir promis l'amour d'Hélène. Pâris se rend alors à Sparte, se fait aimer d'Hélène et revient à Troie en sa compagnie. Accueillis par le roi Priam et la maison royale en dépit des prophéties de Cassandre, l'union de Pâris et d'Hélène conduira à la destruction de la cité troyenne.

Des ambassadeurs grecs dépêchés auprès du roi Priam exigent en vain le retour de la fugitive. La guerre est déclarée. Troie assiégée. Au pied de ses remparts, d'illustres guerriers réclament vengeance. Le siège perdure jusqu'au jour où Ulysse réussit à convaincre l'assemblée des grecs qu'un immense cheval de bois offert aux Troyens en guise de victoire leur ouvrira les portes de l'orgueilleuse cité. Aussitôt construit, le cheval est abandonné sur le rivage. 
 
Ce jour-là sur le sable de la plage, au pied de nos murailles, se tenait immobile un immense cheval, monté sur quatre roues! Ses flancs de bois brun avaient la chaude couleur de l'ambre et le soleil faisait miroiter son harnais d'or! Il se profilait sur l'horizon désert. Les Grecs étaient partis. Et le ciel et le sable et les rochers de Troie riaient!

Les Troyens croient à la désertion des Grecs, car la victoire se tient là-bas immobile sur le sable de la plage. L'allégresse s'empare des assiégés qui escortent le cheval de bois et le conduisent au cœur de la cité. L'heure est aux réjouissances. Pour quelques heures seulement… À minuit, pendant la pleine lune, les Grecs prennent la cité. 

Mise à sac, incendiée, l'agonie de Troie est consommée au son des trompettes annonçant la déportation des femmes. Au milieu des Troyennes, Hécube assiste à la mise à mort de sa ville. Bientôt, ses derniers pas l’amèneront au vaisseau d'Ulysse, son nouveau maître.